Maître Georges Catala à l'affaire Belmon

Il y a 35 ans, le 9 octobre 1981, l’Assemblée Nationale votait l’abolition de la peine de mort. En 1980, Maître Georges Catala était un des derniers, avec Maître Robert Badinter, a plaider contre la peine de mort.

«Dieu et le diable étaient dans le prétoire» Georges Catala

Que vous évoque cette loi ?

Un combat. Je pense que j’ai été un des derniers, avec Robert Badinter, à plaider à Toulouse, en 1980 contre la peine de mort. C’était le dernier procès qui a eu lieu. Et je me souviens de nombreuses angoisses et de nombreuses préoccupations que nous avions partagées. C’était le procès Garceau, qui avait été condamné à mort à Albi et ça revenait, à l’époque il n’y avait pas de cour d’appel, sur renvoi de cassation. Et Robert Badinter, avant d’être garde des Sceaux, était venu plaider. Et il m’avait fait l’amitié de me demander de l’accompagner sur place.

Quand on défend la vie de quelqu’un, dans quel état d’esprit est-on ?

C’est un peu, et les aficionados me comprendront, la différence qui existe entre une corrida avec mise à mort et une petite novillada. Vous avez toute la dramaturgie, vous avez toute la philosophie de la peine, voire la métaphysique. Dieu et le diable étaient en quelque sorte dans le prétoire. Ça remue des sentiments, des principes, des vindictes, des vengeances. C’était un creuset de l’humanité terrifiant.

Quels arguments vous opposez à ceux qui plaident pour un retour en arrière ?

Quoi qu’on en pense, la société évolue, on ne peut pas revenir dans une barbarie judiciaire, avec une mécanique judiciaire qui n’est sûre de rien. Un des arguments principaux contre la peine de mort, c’est la relativité de la justice et des investigations humaines. Combien de gens ont été condamnés puis réhabilités ? Regardez aux États-Unis ce qui se passe. Ce phénomène de peine irréversible est terrifiant. S’ajoute à cela, maintenant, avec les progrès de la science, chacun sait que le phénomène criminel est souvent lié à une constellation de facteurs à l’intérieur desquels la volonté n’a pas toujours une grande prise.

« C’était un creuset terrifiant de l’humanité »

Peut-on parler de justice plus humaine ?

Non, elle n’est pas plus humaine. Contrairement à ce que l’on peut penser, il y a beaucoup de gens qui préfèrent être engloutis dans la nuit de la mort, plutôt que de mourir à petits feux dans le cadre d’une peine de 20 ou 30 ans. Donc, et surtout dans le conditionnement des prisons actuelles, parler d’un choix d’humanité, c’est un peu difficile. Ceci étant, c’est sûr que lorsque quelqu’un était condamné à mort, et j’ai vécu ça tout au début, il s’accrochait à la décision du Président de la République qui allait ou non prononcer la grâce. Et il y avait, pour beaucoup, un filet d’espoir.

Dans les années qui ont suivi cette loi, ça a changé votre manière d’exercer ?

À dire vrai non, parce que si la difficulté suprême disparaissait mais il y en avait d’autres qui se dressaient, comme la perpétuité. C’est un combat, au même titre qu’il m’est arrivé très souvent de plaider pour les victimes, vous savez que l’avocat est schizophrène, il fait les deux en même temps. Le fait que la peine de mort disparaisse était pour certaines familles des victimes une blessure terrible, qu’on peut comprendre. Il n’empêche qu’il faut les accompagner pour leur expliquer que même si la peine de mort a disparu, la justice a besoin d’être aidée en entendant la voix des victimes, qui doivent être toujours respectées. De ce côté-là, en même temps que Robert Badinter faisait supprimer la peine de mort, il a fait, parallèlement, un travail énorme pour les victimes. Les gens ont tendance à l’oublier mais il y a eu un progrès colossal sur le statut des victimes.

 

La Dépêche du Midi : http://www.ladepeche.fr/article/2016/10/09/2435681-dieu-et-le-diable-etaient-dans-le-pretoire.html

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