proces assises jeremy munoz avocat boguet penal

Le procès aux assises de Jérémy Munoz, le chauffard qui avait tué un policier lors d’un contrôle routier, s’ouvre aujourd’hui à Rodez.

Le 10 avril 2015, Jérémy Munoz avait percuté en voiture le policier Benoît Vautrin, en refusant de se soumettre à un contrôle routier. Alors qu’il est flashé pour un excès de vitesse, il fait demi-tour afin d’échapper aux gendarmes. Le sous-brigadier Benoît Vautrin se met alors au travers de sa route pour qu’il s’arrête. Malheureusement, l’accusé ne s’arrête pas et percute de plein fouet le policier, qui meurt sur le coup. Jérémy Munoz s’arrête finalement un peu plus loin, et se rend aux policiers. Les analyses révéleront qu’il était «en état d’ivresse cannabisme».

L’accusé a déjà été condamné à de nombreuses reprises pour consommation de produits stupéfiants, vols, enregistrements vidéo pornographiques de mineurs et… délits routiers.

Maître Laurent Boguet défend les parents et la veuve de la victime :

«Ils attendent des réponses claires de l’accusé car ses versions ont changé mais sa prise de conscience semble évoluer. Ils attendent de connaître les arguments qu’il avancera, lui qui a bénéficié d’un soutien dans les réseaux sociaux alors qu’il a fracassé l’existence d’une famille entière.»

En ce début de procès, la présidente de la cour d’assises, Anne Haye, est revenue sur les faits qui ont eu lieu ce 10 avril 2015. S’en est suivi l’audition des témoins, et notamment de la mère de l’accusé, qui présente ses «condoléances pour cet accident» car «il n’a pas voulu tuer volontairement». Maître Laurent Boguet lui rétorque : «Ce n’est pas un accident». Puis les jurés ont tenté de comprendre Jérémy Munoz, au travers des enquêtes de personnalité. «On va aborder le fond et la personnalité de l’accusé» dira Anne Haye.

Suivra le témoignage du propriétaire de la voiture qui a percuté le gendarme, J-R, qui avait prêté le volant à son meilleur ami, Jérémy, pendant que lui était sur le siège passager. Son témoignage n’est cependant pas très clair, il se contredit et semble ne plus se souvenir précisément.

La présidente de la cour d’assises va ensuite examiner la consommation de stupéfiants de l’accusé et lui poser de nombreuses questions : quels produits il consommait, dans quelle quantité, pendant combien de temps …

Un couple de témoins, qui a vu toute la scène depuis leur terrasse, affirme que le policier était situé sur la ligne blanche, faisant signe à la voiture de s’arrêter, sans bouger, mais celle-ci n’a pas freiné.  Le policier a été projeté «comme une poupée de chiffon». La femme semble encore profondément choqué.

Les collègues de Benoît Vautrin ont ensuite témoignés avec clarté, en lui rendant un émouvant hommage. Suivra la femme du policier, qui se livre, avec beaucoup d’émotion et de sanglots, sur leur amour, leur vie commune et surtout leur petite fille : «Il était le mari que toutes les femmes rêveraient d’avoir, gentil, souriant, amoureux, sensible, de bonne humeur». Elle condamne ensuite fortement la page Facebook qui avait été ouverte en soutien à l’accusé, et ne semble pas touchée par les condoléances présentées par la mère de l’accusée.

La maman de Benoît Vautrin témoigne sur son fils unique, dont elle était si fier : «Ce jour tant redouté est arrivé de me retrouver face à son meurtrier, un délinquant de la route qui l’a tué».

Face à tous ces témoignages en faveur de Benoît Vautrin, un homme intègre, d’une grande rectitude morale, Jérémy Munoz exprime clairement sa culpabilité, sans toutefois sembler comprendre l’étendu du mal qu’il a commis.

Ce matin a eu lieu la plaidoirie des parties civiles, représentées par Maître Laurent Boguet, il conclue par ces mots : « Je ne veux pas l’exemplarité. Mais la mort d’un fonctionnaire de police dans ces conditions n’est pas un crime ordinaire. »

« Je devrais requérir la peine maximale, 20 ans de réclusion criminelle, mais je tiens aussi compte de sa personnalité. Il n’est pas un voyou ; je requiers donc à son encontre une peine de 16 années de réclusion criminelle », a conclu l’avocat général, Olivier Naboulet.

Après 3 ans d’instruction, 4 jours de procès, et 4 heures de délibérés, la cour d’assises de Rodez et les jurés ont finalement reconnu Jérémy Munoz coupable de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner et l’ont condamné à 15 ans de réclusion criminelle.

Pour Maître Laurent Boguet, avocat des parties civiles,  ce résultat était attendu : « Rien n’est dû au hasard, c’est l’accumulation d’autorisations que l’on s’accorde et qui repoussent les limites de l’admissible. Jérémy Munoz a modifié le curseur de ses valeurs pour un acte de transgression majeure. Un homme est mort dans des conditions terribles, le reléguant à un obstacle comme dans un jeu vidéo alors qu’il incarnait l’ordre, le ciment de notre société». 

La famille de la victime attendait ce verdict, malheureusement cela ne leur rendra pas leur fils, leur mari, leur père.

Retrouvez les articles de La Dépêche.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *