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Ce lundi s’est ouvert le procès à la cour d’assises de Bordeaux des hommes accusés d’avoir enlevé et séquestré pendant plus de 7 semaines un riche Toulousain, Christian B. Maître Laurent Boguet et Maître Martin Vatinel représentent la victime lors de ce procès hors norme qui se tient pendant 2 semaines.

La séquestration pendant 7 semaines

Tout a commencé en avril 2015 lorsque la victime, agriculteur céréalier et marchand de biens aujourd’hui âgé de 61 ans, s’est rendu à un rendez-vous, soi-disant professionnel, près de Toulouse. Ce rendez-vous s’avère être un guet-apens. Des hommes encagoulés et armés le kidnappent.

Ils l’emmènent dans un premier temps dans une maison vide, puis à son propre domicile. Ils le placent ensuite dans le coffre de leur voiture avant de le conduire jusqu’en Espagne, dans sa résidence secondaire, à Playa de Aro. Il est ensuite bougé constamment, toujours en Espagne, tantôt dans le coffre d’une voiture, tantôt dans le camping car que les kidnappeurs ont acheté avec son propre argent.

La victime ne voit jamais le visage de ses ravisseurs. Ces derniers le forcent à ouvrir plusieurs comptes à l’étranger, à acheter des pièces et lingots d’or, à contacter sa famille pour leur dire que tout va bien… Les violences physiques n’ont pas lieu, mais les conditions de vie sont très difficiles, il est constamment ligoté, accroché à un lit ou dans le coffre d’une voiture, et encagoulé.

La libération

Au bout de 2 mois, les ravisseurs décident de le laisser partir, seul, à Malaga en Espagne. Traumatisé par ces semaines passées séquestré, Christian B n’arrive pas à en parler. Ses ravisseurs l’ont menacé de s’en prendre à sa famille s’il parlait, et s’il ne continuait pas à leur envoyer de l’argent. C’est finalement son banquier, inquiet de voir passer ces opérations, ainsi que sa compagne, qui préviendront la police.

Christian B. semble souffrir d’un début de syndrome de Stockholm, et surtout d’un important stress post-traumatique. Effrayé, il refuse d’abord de porter plainte, « J’ai subi des menaces sur les membres de ma famille et moi-même si je n’obtempérais pas. J’ai subi un contrôle permanent par téléphone. En tout cas, ils m’avaient fait croire qu’ils pouvaient contrôler toutes mes conversations téléphoniques et informatiques et que j’étais physiquement surveillé », confie-t-il lors de l’enquête.

Il finira par dire tout ce dont il se souvient. Le 5 septembre 2015 ses ravisseurs sont arrêtés en France et en Espagne.

En moins de 2 mois, ils lui auront dérobé plus d’un million d’euros. Ce n’était pas leur premier coup. Les trois hommes sur le banc d’accusés ont un lourd passé judiciaire. Raspaut, le « cerveau » présumé, a déjà été condamné à 5 reprises, dont une à perpétuité pour avoir tué deux policiers lors d’un braquage. Il a géré cette séquestration comme une véritable entreprise, notant tout, enregistrant tout :

« On possède des enregistrements et des vidéos qui prouvent qu’ils se sont réunis pour décider s’il fallait se débarrasser de lui ou pas. Raspaut dit notamment : On a bien fait de ne pas le tuer, on va gagner plus. Et quand ils l’ont libéré, mon client pensait être abattu. Ils l’ont menacé, lui et sa famille. T’as intérêt à respecter les virements, t’es suivi, ton téléphone est sur écoute…Ils sont accablants d’inhumanité… » Maître Laurent Boguet « il prenait un malin plaisir à s’enregistrer (…) il tapait tout et retranscrivait ses écrits aussi dans ses enregistrements. Ils organisaient même des séances de débriefing ! »

Le procès à la cour d’assises de Bordeaux

Ils comparaissent donc aujourd’hui pour enlèvement, séquestration, extorsion en bande organisée … Un quatrième homme est également jugé pour le recel des pièces d’or. Un des autres suspects, déjà condamné 12 fois auparavant, s’est suicidé en 2016, un autre a bénéficié d’un non-lieu.

Christian B. est un homme extrêmement discret, angoissé. Avant ce procès, il n’avait vu le visage que d’un seul de ses ravisseurs lors d’une confrontation. Ce procès est donc « un véritable tsunami émotionnel » pour lui.

Témoignages d’experts, témoignage de la compagne de Christian B., écoute des enregistrements réalisés par les kidnappeurs… le procès se poursuit avec chaque jour de nouvelles révélations sur cette affaire hors norme.

Mercredi, l’avocat général a requis 30 ans de réclusion criminelle pour les deux principaux accusés, Alain Raspaut et François Decline, 20 ans de réclusion criminelle contre André Heitz, et 5 ans de prision ferme pour Bruno Raspaut, qui comparaît libre. « Entre la parole de la victime et celle d’Alain Raspaut, moi mon choix est fait« , a asséné l’avocat général.

Me Martin Vatinel a surenchéri par la suite : « On n’est pas dans un mauvais polar, on est malheureusement dans la vie fracassée de la victime et de celle qui l’accompagne. (…) Après son corps, ils ont pris possession de son esprit. (…) Elles {les accusations de complicité} sont une insulte à sa souffrance et aux plaies béantes qui sont aujourd’hui les siennes. »

Après 6 heures de délibérés, les jurés ont condamné les deux principaux accusés à la peine demandée par l’avocat général, soit 30 ans de réclusion, avec peine de sûreté des deux tiers. André Heitz a lui été condamné à 15 ans, assortie de la même peine de sûreté. Bruno Raspaut a bénéficié lui d’une peine plus clémente, écopant de 4 ans avec sursis.

Pour Maître Laurent Boguet la décision fait sens. « Cet homme et sa compagne ne venaient pas authentifier leur statut de victime. Ils savaient ce qu’ils ont vécu. Ce que cet homme a enduré. Même si ça a été débattu, personne n’en doutait. Nous avions demandé aux jurés que justice leur soit rendu. Cela a été fait. Ils évitent les comptes d’épiciers. Leur douleur a été prise en compte. Maintenant il va falloir que cette homme se reconstruise, efface définitivement les stigmates de ce calvaire. Cette condamnation constitue une étape importante. C’est un soulagement et surtout le départ d’une reconstruction définitive. »

Retrouvez plus d’articles sur ce procès : 

Le Monde :

Le Figaro :

Sud-Ouest :

20 minutes :

Le Point :

La Dépêche :

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