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Lundi 28 octobre s’est ouvert, sous haute protection, le procès aux assises d’Aix-en-Provence de Claude Chossat, repenti de la mafia Corse.

Cet ancien mafieux est accusé d’avoir assassiné Richard Casanova le 23 avril 2008 sur le parking d’une concession automobile de Porto-Vecchio, faits contestés par l’accusé. Son complice présumé, David Taddeï est accusé d’avoir fourni l’arme du crime.

Maître Boguet, accompagné de Maître Martial, représente la défense.

La Brise de Mer

Richard Casanova était considéré comme l’un des membres fondateurs de la Brise de mer, mafia ayant régné sur la Corse au début des années 2000, avant de décider de se retirer de cette organisation, se mettant ainsi à dos l’un de ses ancien ami, Francis Mariani, parrain de la Brise de Mer. Claude Chossat était le chauffeur de ce dernier.

Un saut dans le grand banditisme qui ne semble pas coller avec le personne de Claude Chossat dans sa jeunesse. « J’ai grandi au milieu d’une famille stable, entouré de gens honnêtes. J’ai eu une enfance heureuse dans un village tranquille de 300 habitants. J’étais bon à l’école. Puis j’ai passé mon Bep d’électricien et commencé à travailler. » « On lui aura donné le bon Dieu sans confession », dira l’un de ses employeurs

Mais l’accusé assume ses fautes. Le premier délit arrive à 23 ans, le braquage d’un domicile : « J’ai peut-être basculé à cause de mon immaturité, de l’agent facile, d’une certaine fascination par rapport aux voyous et au monde de la nuit, confie-t-il. J’assume. J’ai été un délinquant. »

C’est en prison qu’il va rencontrer Francis Mariani, un bandit, un vrai, membre fondateur de la Brise de Mer, dont il deviendra par la suite le chauffeur, il le décrit comme un : « psychopathe, constamment armé et qui se vantait d’avoir tué 54 types… ».

À sa sortie de prison il enchaine les petits boulots, essaie de s’en sortir, sans succès. Il se retourne alors vers Francis Mariani, il a besoin d’argent. Il devient vite son homme à tout faire, « mais je n’ai pas de sang sur les mains » affirme l’accusé.

Il admet avoir été présent au moment du crime. Son ADN a par ailleurs été retrouvé sur une pierre ayant servie de « poste d’observation », mais il affirme que c’est Francis Mariani qui a fait feu subitement lorsqu’on son rival, Richard Casanova, est apparu dans son champ de vision.

Suite à cela Claude Chossat, paniqué pour la vie de sa famille, décide de changer de vie, et emmène sa femme et ses filles en Suisse. « Mariani avait complètement pété les plombs. Je savais que j’allais être le prochain.« 

Quelques temps après l’assassinat de Richard Casanova, Francis Mariani a lui aussi été rayé à son tour de la carte dans la mystérieuse explosion d’un hangar.

Claude Chossat, ensuite intercepté par la police, va alors se mettre à table.

Une source intarissable

« Je suis conscient que j’ai fait beaucoup d’erreurs dans la vie. Je sais que rien n’effacera le passé. Mais j’ai décidé de rompre et de tourner le dos au banditisme. À partir de là, je n’ai plus à avoir aucun conflit avec l’autorité judiciaire. »

Depuis dix ans Claude Chossat a été une véritable source pour lutter contre la criminalité Corse. Cercles de jeux, assassinats, affaires financières … Pour Me Laurent Boguet son client a « su reconnaître des faits qui l’impliquent tout en décrivant le fonctionnement souterrain de la Brise de mer et en tournant le dos au système ».

Claude Chossat aurait « plusieurs contrats » sur sa tête suite à ces révélations.

Malgré toutes ses confidences qui ont permis de nombreuses arrestations, Claude Chossat n’a pas pu bénéficier du statut de repenti. En France, il n’est pas accordé aux mis en cause dans des crimes de sang. Régulièrement, pourtant, il intervient dans des colloques anti-mafia et encourage la prise de conscience citoyenne en cours sur l’île contre « une minorité qui gangrène la Corse et détourne sa jeunesse« .

Lors de sa première détention à Ajaccio, avant sa libération conditionnelle en 2012, il avait été attaqué par 9 codétenus « Je m’en suis sorti je ne sais pas comment. Grâce à l’intervention rapide des gardiens ». Lors du procès sa femme s’inquiète : « Il a déjà fait l’objet d’une tentative de meurtre. Chez nous, on a toujours les valises prêtes… Ce qu’il a fait, c’est pour moi et ses filles. Si on le met en prison, c’est comme le mettre dans le couloir de la mort. »

Le procès

« La justice s’est engagée à nous protéger, moi et mes avocats. J’ai confiance, note l’accusé. Après que se passera-t-il ? Je ne suis pas l’assassin de Richard Casanova que je ne connaissais pas, que je n’avais même jamais croisé. Oui j’ai fourni des armes à Francis Mariani. Je le reconnais. Qu’est-ce que cela pèse par rapport aux renseignements que j’ai apportés ? La justice ne m’a jamais protégé, ne m’a pas accordé le statut de collaborateur de justice. Je me débrouille seul pour assurer ma sécurité et celle des miens. J’en suis à huit déménagements depuis ma sortie en 2012. Si je retourne en détention, je suis mort. »

Maitre Edouard Martial et Maître Laurent Boguet assurent la défense de Claude Chossat dans une ambiance hypertendue, gardes du corps fournis.   «Au-delà du cas de Claude Chossat, ce dossier peut être un point de bascule dans la lutte contre la criminalité organisée, estime d’ailleurs Me Martial. Défendre cet homme, c’est aussi défendre une société corse que ne veut que la paix !» «Il y a ce qui est reproché à notre client, et il assume uniquement ce qu’il a commis. Mais ce dossier doit poser la question du statut de repenti, estime Me Boguet. Claude Chossat a permis à la police, à la justice, de comprendre et de régler une quinzaine de dossiers. On l’a utilisé puis on l’a oublié. Si on compare aux Etats-Unis ou à l’Italie, la France est très en retard dans la protection de ses repentis. Si la justice oublie le rôle clef de Claude Chossat contre le banditisme corse, je crains que le signal envoyé soit plus que négatif, il serait catastrophique.»

De nombreux témoins font d’ailleurs défaut lors du procès, mystérieusement tous malades.

Le verdict est tombé le 7 novembre. Après plus de 5 heures de délibérés, le jury a déclaré Claude Chossat coupable de « complicité d’assassinat en bande organisée » et l’a condamné à huit ans d’emprisonnement. La cour a loué « les efforts de réinsertion » de l’accusé et l’aide qu’il a apportée à la justice. Elle n’a pas suivi les réquisitions de l’avocat général, Pierre Cortès, qui avait réclamé quinze ans de réclusion criminelle.

Pour les avocats de Claude Chossat cette décision « n’est pas neutre, elle reconnaît qu’il n’est pas un assassin, qu’il n’a pas de sang sur les mains ».

Dans la presse :

Le Monde

Le Parisien

La Provence

La Dépêche

L’express

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