cour assises toulouse cabinet catala

Du 2 au 5 décembre 2019 une mère et sa fille comparaissaient devant la cour d’assises de Haute-Garonne pour des faits d’actes de tortures et de barbaries commis à Toulouse, de 2014 à 2017. Maître Sénié-Delon et Maître Vatinel représentaient la fille, Anaïs Dalleau. 

Retour sur les faits

Anaïs a été placée en structures spécialisées dès l’âge de 6 ans, puis placée sous curatelle à l’âge de 10 ans, avant de rejoindre un Institut médico-éducatif (IME) toulousain spécialisé dans la prise en charge de déficients mentaux, où elle rencontrera sa future compagne. Elles ont suivi le même parcours de vie chaotique : absence de figure paternelle, potentiels abus sexuels et déficience intellectuelle. À leur sortie, toutes deux s’installent chez Marie-Karine, la mère d’Anaïs. 

La victime était donc en couple avec Anaïs lorsque des violences et des humiliations répétées sont devenues le quotidien de ces deux jeunes femmes, sous les yeux de Marie-Karine.

Pendant 3 ans, la victime a subi de multiples sévices, quasi quotidiens, et des humiliations répétées. Jusqu’au 23 octobre 2017 quand la jeune femme “a failli mourir”. Étranglée par une ceinture, à en cracher du sang, elle a été battue par Anaïs avec une violence inouïe. Le lendemain, elle est mise à la porte de cet un appartement du quartier Rangueil par Marie-Karine. Elle se rend d’abord chez sa mère, puis va porter plainte. 

Quand la police est arrivée, notre cliente a ouvert la porte et a spontanément confié aux enquêteurs la béquille qu’elle avait cassée sur le corps de la victime, les ustensiles qui ont permis de la frapper ou le foulard avec lequel elle l’attachait. Elle a tout reconnu dès le départ”, rappelle Me Robin Sénié-Delon, avocat de la défense d’Anaïs aux côtés de Me Martin Vatinel. “Elle a été coopérative du début à la fin de l’enquête”, reconnaît la policière qui a mené les investigations. Et la mère dans tout ça ? « En tant qu’ancienne femme battue, elle savait. Elle aurait dû appeler le 17« , note la directrice de l’enquête. 

Le procès

Pendant le procès, la victime est revenue, avec un courage immense, sur ce qu’elle a vécu pendant 3 ans, sans jamais en rajouter. 

«Je suis très méchante», a répondu à la barre, comme une enfant, Anaïs qui reconnaît l’ensemble des faits reprochés. «J’ai été éduquée dans la violence donc je pense que je reproduis la même chose. Je tiens à sincèrement m’excuser, c’est ignoble ce que j’ai fait. Je suis désolée. Je me fais soigner. La détention me fait du bien : j’ai besoin d’un cadre». 

À ses côtés, sa mère est plus nuancée sur ses aveux. Oui, elle a infligé des coups de spatule sur les doigts de la victime «mais ça n’a pas saigné». «Je ne l’obligeais pas à faire le ménage, c’est elle qui m’aidait d’elle-même car elle voyait que j’étais fatiguée». Tout le reste, elle nie y avoir participé. Même si elle entendait la jeune femme hurler. «J’ai été battue par mon ex-conjoint : je sais ce que c’est. Mais j’étais faible à cause de mon cancer, je vivais sous le seuil de pauvreté avec mes enfants et j’ai tout fait pour qu’elle parte, pour qu’elle trouve un travail», explique la cliente de Me Jonathan Bomstain. 

Un discours difficile à entendre pour Mes Martin Vatinel et Robin Sénié-Delon qui représentent Anaïs dès ce lundi. «La mère de notre cliente a parfois été un peu instigatrice : ce n’est pas simplement une non-dénonciation de crime. Mais il est à noter qu’Anaïs a toujours tout reconnu et qu’elle est dans une vraie culpabilisation quand elle répète « Je l’aimais, je suis un monstre : ce que je lui ai fait, elle ne le méritait pas ». Elle a un parcours de vie très compliqué et elle a appris à résoudre ses problèmes par la violence. Maintenant, c’est la question de la juste peine qui se pose au regard de sa personnalité.».

L’avocat général a demandé 12 ans de réclusion criminelle, avec un suivi socio-judiciaire de 5 ans, estimant qu’il y avait «a minima une atténuation» du discernement de cette jeune femme diagnostiquée déficiente mentale depuis l’enfance. Comme la victime.

«Toutes les deux, ce sont les mêmes s’agissant de leur parcours de vie, de leurs difficultés, de leurs placements respectifs dans des établissements spécialisés, analyse Me Martin Vatinel, son avocat. Elles ont été privées de l’amour familial dont elles avaient besoin. Ce qui prouve bien qu’Anaïs n’a jamais agi avec un sentiment de supériorité comme c’est souvent le cas dans de tels dossiers. Ce n’est pas le Gang des barbares !» Car elle, elle n’a jamais nié. Dès que la police est arrivée, elle a «collaboré». «C’était sa première relation amoureuse et elle avait peur de l’abandon. Bien sûr qu’il y avait de la banalisation de la violence : sa mère ne lui mettait plus de barrières. Mais comparée aux autres membres de la famille, Anaïs a eu le courage d’assumer», poursuit Me Robin Sénié-Delon à la défense.

Au bout de 4 jours de procès Marie-Karine Dalleau, 49 ans, est condamnée à 12 ans de réclusion criminelle et sa fille, Anaïs Dalleau, 25 ans, écope de la même peine de 12 ans de réclusions criminelle assortie d’un suivi socio-judiciaire de 5 ans. Toutes deux encouraient 30 ans de réclusion criminelle.

Dans la presse :
 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.