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Lundi 2 mars s’est ouvert à Montauban le procès en appel de Sylvain Boulais, accusé du meurtre de Maureen Jacquier, tuée chez elle à Toulouse de plus de 60 coups de couteau. L’accusé a toujours clamé son innocence.

Tuée de 63 coups de couteau

En 2010, à 15 ans, Maureen avait quitté sa famille et ses amis lyonnais, pour se lancer dans l’aéronautique en suivant une formation au lycée Saint-Eloi, le lycée d’Airbus, seule à Toulouse.

5 ans plus tard, à seulement 19 ans, alors qu’elle travaillait depuis quelques mois à la construction des A330 dans l’usine de Saint-Martin-du-Touch, Maureen a été brutalement coupée dans son élan.

Le vendredi 27 février 2015, son père la retrouve morte dans son petit appartement, situé juste derrière son ancien lycée, dans une mare de sang au pied de son lit, le corps transpercé de coups de couteau.

L’enquête judiciaire

L’enquête judiciaire a exploré ses relations, sa vie, pour tenter de trouver une explication à cette folie meurtrière. De nombreuses auditions ont eu lieu auprès de ses amis, de ses collègues.

« J’ai 25 ans de carrière. Je n’ai jamais vu autant de sang autour d’un corps… » indique la capitaine de la police judiciaire. Avant d’enchaîner sur les descriptions des lieux, les éléments à charge et les interrogations sur le témoignage de deux voisins qui ont affirmé avoir vu Maureen Jacquier le vendredi matin.

« On l’a pris en compte, bien sûr. On a en parallèle d’autres témoignages, notamment d’ouvriers, qui travaillaient à côté et qui disent n’avoir rien vu à part une retraitée ce matin-là. Deux autres voisines sont également sorties vers 10 heures. L’une pour aller chez le cordonnier, l’autre chez sa coiffeuse… Elles non plus, n’ont pas aperçu Maureen. »

La capitaine reste prudente, mais on devine qu’elle privilégie un meurtre au milieu de la nuit. « On sait que Maureen Jacquier a quitté l’usine d’Airbus à 0h32, Elle a déposé son ami Quentin vers 1h20. C’est lui qui dit qu’il se trouvait chez lui à ce moment-là. Il est précis. On peut penser qu’à 1h30, Maureen se trouvait chez elle. »

Les enquêteurs retrouvent un ADN à trois endroits distincts de l’appartement de Maureen : sur les draps, sur une serviette et sur l’attache d’une lampe frontale éclatée au pied du lit de Maureen.

Cet ADN a vite parlé, il s’agit de celui de Sylvain Boulain, jeune Airbusien de 29 ans. Maureen et lui se connaissaient, elle était l’ex-compagne d’un de ses amis et une amie de sa propre compagne. Il l’a décrite comme sa confidente et a affirmé être passé chez elle, en décembre.

Les enquêteurs le soupçonnent d’avoir voulu “posséder” la jeune femme. Arrêté, Sylvain Boulais a toujours nié. Mais un trou de 1h45 dans son emploi du temps la nuit probable du meurtre est suspect, son téléphone portable, aux données curieusement effacées, et sa mémoire variable pèsent lourd pour l’accusation.

Le procès en appel

En janvier 2019, il n’avait pas convaincu les jurés de la cour d’assises de la Haute-Garonne qui l’ont condamné à 30 ans de réclusion. Il a alors fait appel.

Ce procès en appel a opposé Mes Georges Catala et Laurent Boguet, qui défendent la mémoire de Maureen et les intérêts de sa famille, à Mes Simon Cohen et Marie-Hélène Pibouleau, qui représentent l’accusé.

C’est un coup dur pour la famille de Maureen : « Ils espéraient après sa condamnation en avoir terminé avec cette scène d’horreur et les mensonges. Le cynisme de l’accusé, qui a cru bon de faire appel, les oblige à revivre tout ça, déplore Me Catala. Au-delà de la présence de son ADN, à elle seule très significative, beaucoup d’éléments du dossier stigmatisent l’accusé et ses mensonges. »

Lors des premiers jours de ce procès en appel, Sylvain Boulais, barbe soignée, lunette fine sur le nez, a beaucoup écouté, peu parlé.

De nouveau, devant sa famille et la famille de Maureen Jacquier, la vie de Sylvain Boulais a été décortiquée. Élève brillant qui rêvait de médecine, mais poussé par sa famille vers l’aéronautique. « Passé la déception, il a fini par s’y faire. Il m’a dit, satisfait : je suis devenu manuel », confie l’expert psychologue Alain Penin qui souligne aussi « son côté obsessionnel ce qui n’est pas forcément un défaut, surtout dans son métier où la rigueur, l‘organisation, s’impose ».

Adolescent bien sage, Sylvain Boulais est devenu un jeune adulte « qui se revendique coureur de jupons », prévient l’expert psychologue Alain Penin. Un goût des femmes, des conquêtes, mais aussi des relations tarifées avec les prostituées ou les escortes. « Il les décrit de manière directe et sincère. Un fantasme assumé où il aime dominer », souligne Alain Penin.

Sylvain Boulais apparaît comme un personnage à double visage. « Attentif et attentionné » avec sa compagne mais qu’il trompe sans vergogne. Un mécanicien « sérieux » mais pas passionné, ni trop séduit par la « famille Airbus ». Un petit dernier de la fratrie familiale, « chouchouté », selon sa sœur Stéphanie qui témoigne, dans le fauteuil roulant qui lui impose la maladie et un frère « très à l’écoute, attentif, protecteur ».

Avant son arrestation, il n’avait même pas évoqué la mort de Maureen à sa famille. « C’est une amie. Elle est tuée de manière très violente, particulière et il ne vous en parle pas. C’est surprenant, non ? », insiste le président Gaudino. Pas pour sa mère. « Vous savez, j’avais perdu mon mari deux ans plus tôt. J’étais dépressive. Non il ne m’a rien dit. Nous ne sommes pas habitués à parler de nos malheurs. »

Sur son banc, le père de Maureen serre les poings. Dans son box, Sylvain Boulais ne laisse rien transparaître. C’est pourtant son ADN qui a été retrouvé à trois reprises sur la scène de crime, mélangé avec le sang de la victime notamment sur une serviette qui a servi à essuyer le couteau du crime. « Enfin on le suppose. Cette arme, malgré nos recherches, nous ne l’avons jamais retrouvé », précise la capitaine.

Et à une question de l’avocat général David Senat sur cet ADN mélangé avec le sang de Maureen Jacquier sur la serviette, l’officier de la PJ ne tremble pas : « Je ne suis pas une spécialiste mais en effet, si cet ADN a été déposé au mois de décembre par l’accusé, comme vous le dites, il faudrait des circonstances extraordinaires pour qu’ils se mélangent. »

« Au bout d’un an et demi, il n’y avait rien. Ce qui manquait, c’était un mobile. Ils l’ont inventé ! » La voix glaçante de Sylvain Boulais traverse la cour d’assises du Tarn-et-Garonne. À la barre, le père de la victime ne bouge pas. Le président Gaudino réagit : « Vous dites qu’il ment ? Mais Monsieur, le mobile même si je n’aime pas ce terme, on le croise partout dans ce dossier, bien avant cette déposition… »

« Y a rien », répond Sylvain Boulais. Il parle peu mais se montre vite agacé, voir agressif.

« Y a que moi qui l’ai vécu. Y a pas de mots pour décrire cela », dit le père de Maureen, voix étranglée en réponse à la défense et aux accusations de l’accusé. Sa femme traduit la colère de la famille : « Nous sommes ici pour obtenir justice, pour notre fille. Nous n’avons jamais accusé ce monsieur. Son ADN et le reste l’accusent. Mentir ? Ce n’est pas notre but. Nous avons perdu notre fille. Nous avons affronté un procès, puis maintenant l’appel et là on nous traite de menteur ? Stop.”

Un alibi mystérieux 

Dans le dossier de ce meurtre aux 63 coups de couteau, l’alibi de Sylvain Boulais reste un mystère. La nuit de la mort de la jeune et « joviale » airbusienne, Sylvain Boulais dit s’être « assoupi » dans sa voiture, portable éteint, après avoir bu quelques bières dans un bar avec des collègues de travail.

Précis, le commandant du service régional de la police judiciaire de Toulouse qui a suivi l’affaire explique le bornage de ce téléphone cette nuit-là. « À 2 h 15, il envoie un SMS qui borne route de Bayonne entre Toulouse et Colomiers. À 3 h 55, il envoie un nouveau SMS à proximité de chez lui ». Entre les deux, Sylvain Boulais est « assoupi »

« Vous avez dit être rentré entre 2 heures et 3 heures du matin », rappelle le président. « J’ai fait simple. Je n’ai aucun lien avec le meurtre de Maureen”. 

« À votre avis, pourquoi lorsque vous déposez sous serment vous demande-t-on votre emploi du temps ? » insiste le président. « Je ne sais pas trop »… 

Pourtant la même question a été posée à 155 autres personnes, qui répondent tous avec évidence : les vérifications, la recherche de preuves…

Le verdict

Après 5 jours de procès en appel le verdict est tombé : Sylvain Boulais, 30 ans, a écopé de 30 ans de réclusion et une période de sûreté 20 ans, peine requise un peu plus tôt dans la journée par l’avocat général de la cour d’assises de Montauban.

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