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Dans la nuit du 19 au 20 juillet 2019, Benjamin Quiles avait été battu à mort, alors qu’il faisait simplement la queue à un food truck à la sortie d’une boite de nuit de Toulouse. Benjamin était policier au sein de la brigade spécialisée de terrain (BST) du secteur nord de Toulouse, mais cette nuit-là il était sorti en civil avec un ami.

Un an après les faits, sa femme, aux côtés de Maître Boguet, lui a rendu hommage lors d’une interview avec La Dépêche :

Elle n’a pas versé une seule larme. Il serait si fier de sa “guerrière ». En même temps, il y a un an, elle était tellement dévastée par le chagrin qu’elle a failli perdre leur enfant. Un électrochoc qui l’a contrainte à avancer, coûte que coûte. Celle qu’il faut désormais appeler Madame Quilès revient sur ce 20 juillet 2019. Un jour d’été qui a commencé par la mort de son époux, Benjamin, un policier en civil de 35 ans tabassé à mort sur le parking d’une discothèque toulousaine. Il venait de s’interposer entre un client excité et la responsable du snack. Depuis, Sarah, 27 ans et enceinte au moment des faits, se bat. Notamment pour apprendre le mot “papa » à leur petite merveille de 7 mois, Jeanne.

Comment avez-vous survécu ? 

« Au début, comme toute personne qui passe par-là, tout s’écroule. J’ai été très soutenue par la famille, les amis et la police mais je n’avais plus envie de vivre. Pas sans lui. Mais j’étais enceinte et j’ai pensé au bébé. Je pleurais tellement que je me contractais le ventre, ce qui me déclenchait des saignements. Et mon médecin m’a prévenue que je risquais de la perdre. Ça a été mon déclic : il aurait voulu que je sois une guerrière. Puis Pépette est arrivée. Ce n’était que du bonheur même si bien sûr, accoucher sans Minou était très, très compliqué. » 

Quel futur père était-il ?

« Hyper investi. Déjà avec ma première qui a 7 ans, Clara, il agissait comme si c’était sa fille. Puis on a essayé d’en avoir un ensemble. On a tellement voulu cet enfant. On rencontrait des difficultés, on s’est fait aider et il n’a jamais manqué un rendez-vous. On n’y croyait plus alors on s’est lancé dans l’organisation de notre mariage, en février 2020. On avait acheté les alliances, la robe, tout.  C’est lui qui avait insisté. À la base, je n’étais pas vraiment pour. Mais il était comme ça : très famille avec un petit côté « vieille école”. »

Et vous avez décidé de vous marier à titre posthume.  

« Oui, il était primordial que je porte son nom, tout comme notre petite Jeanne. Je me rappellerai toujours ce 5 juin quand le recommandé est arrivé. J’en ai pleuré. Ce jour-là, je venais de me faire tatouer le symbole infini avec un B et un J. Sur le cœur. Benjamin est l’homme de ma vie et il le restera pour l’éternité. Je suis tellement fière de porter son nom, il était mon pilier. Désormais, je m’accroche aux projets qu’on avait ensemble. »

Qu’est-ce qui vous a plu chez lui ? 

« Son humour ! C’était un clown toujours prêt à rigoler et à amuser la galerie. Il avait grand cœur. Ce n’est pas quelqu’un qui cherchait les problèmes mais il détestait l’injustice et c’est tout à fait son genre de défendre quelqu’un. Fils et neveu de policier, il aimait aider les gens. D’ailleurs, lui qui ne sortait jamais était allé boire un verre avec un ami qui ne se sentait pas bien. Benoît a insisté et Benjamin m’a dit par messages interposés qu’il n’avait pas trop envie mais qu’il tenait à lui faire plaisir. J’étais partie en vacances avec ma mère et Clara. Depuis, j’éprouve énormément de culpabilité. Comme Benoît qui est rongé par les remords alors qu’il n’y est pour rien. Je le soutiens de tout cœur et lui répète « Ce n’est pas ta faute si Minou n’est plus là”. »

N’y a-t-il pas un paradoxe à voir son conjoint policier être tué lors d’une soirée privée ? 

« Disons que je savais que cela pouvait arriver dans l’exercice de ses fonctions. Pour la fête des pères, j’ai publié un hommage en son honneur sur mon compte Facebook en rappelant que derrière l’uniforme, se cachent des hommes et des femmes qui sont pères et mères de famille. On l’oublie trop souvent ces derniers temps. » 

Qu’attendez-vous de l’instruction et du procès ? 

« De savoir exactement comment cela s’est passé. J’ai encore trop de zones d’ombre. L’ami du meurtrier connaissait Benjamin et en général, avec son physique, on se rappelait de lui. Comment un tel déchaînement de violences est-il possible ? C’est inhumain. » 

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Confiée au service régional de police judiciaire (SRPJ) de Toulouse, l’enquête se poursuit sur commission rogatoire, mandatée par le juge Fabien Terrier, dans le cadre d’une information judiciaire. Mickaël, toujours incarcéré, est mis en examen pour homicide volontaire. Rachid, à ses côtés cette nuit-là, est soupçonné de violences en réunion sur l’ami de la victime, Benoît. Sa demande de mise en liberté, défendue par Mes Majouba Saihi et Apolinaire Legros-Gimbert, ayant été acceptée en août 2019, il a été libéré sous contrôle judiciaire. Désormais, la partie civile, représentée par Mes Laurent Boguet et Robin Senié-Delon, attend impatiemment la reconstitution des faits. Un acte indispensable pour la clôture du dossier et le renvoi des accusés devant la cour d’assises de Haute-Garonne.

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