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Courant mars a eu lieu le procès aux assises de Cahors de deux jeunes, jugés pour la mort d’un ancien toxicomane. Ils étaient mineurs à l’époque des faits.

En juin 2016, le corps d’un ancien toxicomane avait été retrouvé sans vie à son domicile dans la cité Sainte-Valérie à Cahors. Il portait de nombreuses traces de coups, mais il n’y avait aucun signe de lutte dans l’appartement. L’autopsie avait indiqué que l’homme avait eu dix côtés cassés, une hémorragie du larynx et du rein, une double fracture de la rate, une fracture de la mâchoire et du nez, une trentaine d’hématomes et une vingtaine d’ecchymoses.

Maître Robin Sénié-Délon, avocat de la partie civile, a tout fait pour faire entendre la vérité : « La vérité tout comme la lumière est aveuglante », a-t-il clamé, en citant Albert Camus. « Dans ce dossier les preuves sont aveuglantes ».

Que c’est-il passé cette nuit-là ? Bagarre, chute, ou passage à tabac ? « Trois problèmes insurmontables » s’opposaient aux deux premières hypothèses pour Maître Sénié-Delon : « la crédibilité médicale, la crédibilité factuelle et la crédibilité chronologique ».

Lorsque les secours sont arrivés, l’homme était décédé, assis sur son canapé avec un briquet à la main, il était enfermé dans son appartement, la clé à l’intérieur, dans le barillet de la porte.

« Le seul moyen d’entrer était de fracturer la porte. Ils l’ont fait avec un pied-de-biche. Mais on n’a jamais retrouvé la barre de fer, on n’a jamais retrouvé ce qui était probablement l’arme du crime. Pourquoi avoir fracturé cette porte ? Pourquoi ne pas avoir appelé la victime ? Pourquoi avoir pris la fuite ? », a interrogé Maître Robin Sénié-Delon. « Les accusés nous disent que c’était leur ami. Quel affront ! »

Pour le procureur, « C’est le procès du mensonge : des accusés, des témoins, même de la victime. Le procès du mensonge sur le contexte et sur le prétexte. S’ils sont coupables, pourquoi avoir prévenu quelqu’un ? Parce qu’ils sont loin d’être bêtes, ils savent qu’ils ont fait du bruit en défonçant la porte et que des voisins ont pu les entendre ou les voir. Pourquoi aller se dénoncer à la police ? Ils voient des films : la meilleure défense, c’est l’attaque. Quel intérêt à le tuer ? Ce n’était pas leur intention. Son domicile, c’était leur local technique pour les stupéfiants, et lui, leur bouc émissaire ! ». Il a réclamé 10 ans d’emprisonnement pour l’un et 8 ans pour l’autre, et l’abandon de l’excuse de minorité.

Pour la défense, Maître Jean-Pierre Gomez, l’un des deux avocats du premier accusé, a dénoncé un dossier « à charge » contre son client. Il en a fait un portrait nuancé : « à l’époque, c’était un sauvageon, un racketteur, un dealer de shit de petite envergure, qui n’a pas les mêmes codes que nous. Rejet, abandon, déscolarisation et acculturation, les germes de son échec étaient posés. »

Deux ans ont passé entre les faits et son incarcération, pendant lesquels « il a réussi à s’extraire de Saint-Valérie, il s’est marié, il a suivi des formations et a accompli des missions dintérim ».

Pour la défense du second accusé, Maître Camille Mallemouche, l’a présenté comme  « une personne sensible » ayant souffert « des absences et des déracinements » et a demandé aux jurés de considérer la présomption d’innocence comme « une boussole ».

Beaucoup de « zones d’incertitudes » persistaient pour Maître Alain Andorno, l’autre avocat du premier accusé : l’heure exacte du décès, l’arme du crime, l’état de santé de la victime, le lieu des coups mortels… « Au terme de 5 ans d’instruction et de 3 jours de procès, si beaucoup de pièces ont été rassemblées, nous n’avons pourtant que les contours d’une image », a-t-il ajouté.

Le dernier avocat qui a pris la parole, Maître Laurent Belou, qui représentait également le second accusé, a déploré que d’autres hypothèses n’aient pas été plus considérées : « La seule certitude qu’on a c’est que la porte a été défoncée… », a-t-il souligné, dénonçant « l’effet tunnel de l’enquête qui consiste à se polariser sur quelques personnes seulement ». Et a conclut en réclamant la relaxe : « Toutes les possibilités n’ont pas été creusées. Ce doute doit profiter à l’accusé ».

Mais leurs arguments n’ont pas su convaincre les jurés, après 4 heures de délibérations ils ont rendu leur verdict. Ils ont reconnu les deux accusés coupables de violence en réunion ayant entraîné la mort d’un homme, sans intention de la donner. Ils ont écopés de 11 et 8 ans de réclusion.

Article de la Dépêche

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